Comprendre la SICAV

11 min de lecture

Risques d'une SICAV : ce que tout investisseur doit savoir

Investir dans une SICAV, c'est confier son épargne à des professionnels pour qu'elle travaille sur les marchés financiers. C'est accessible, diversifié et encadré réglementairement. Mais aucune SICAV n'est sans risque, et comprendre la nature de ces risques avant de souscrire est une condition fondamentale pour investir sereinement.

Le terme "risque" est souvent utilisé de façon vague dans les documents financiers. Il recouvre en réalité des réalités très différentes : le risque que les marchés baissent, le risque qu'un émetteur fasse défaut, le risque de ne pas pouvoir vendre ses parts au moment voulu, ou encore le risque que les frais érodent le rendement au fil du temps. Chacun de ces risques a sa propre dynamique et ses propres outils de gestion.

Cette page présente de façon claire et complète les principaux risques associés aux SICAV, comment les lire dans les documents réglementaires, comment les limiter, et surtout comment ne pas les confondre avec une notion trompeuse : le risque zéro.

Pour les lecteurs pressés

L’essentiel de l’article
  • Il n'existe aucune SICAV sans risque : même les fonds monétaires, les plus prudents, ne garantissent pas le capital.
  • Le risque principal varie selon la catégorie : risque de marché pour les SICAV actions, risque de taux pour les fonds obligataires, risque de crédit pour les fonds investis en dette d'entreprises.
  • L'indicateur synthétique de risque du DIC (de 1 à 7) est un outil de comparaison utile, mais il ne capte pas tous les risques, notamment les risques de liquidité ou de contrepartie.
  • La durée de détention est le meilleur outil pour gérer le risque de marché : plus l'horizon est long, plus les probabilités de performance positive augmentent historiquement.
  • La diversification réduit le risque spécifique (lié à un seul titre ou secteur) mais ne supprime pas le risque systémique (baisse générale des marchés).
  • Les risques comportementaux (vendre dans la panique, chasser la performance) sont souvent plus coûteux que les risques de marché eux-mêmes.

Les grands risques d'une SICAV expliqués

1. Le risque de perte en capital

C'est le risque fondamental de tout investissement en valeurs mobilières. La valeur liquidative d'une SICAV peut baisser, et au moment du rachat, vous pouvez récupérer moins que ce que vous avez investi. Ce risque s'applique à toutes les catégories de SICAV, à des degrés très différents.

Pour une SICAV actions, une baisse de 30 à 40 % sur un an est possible en période de crise (2008-2009, 2020). Pour une SICAV obligataire à duration longue, une baisse de 15 à 20 % est possible en cas de remontée brutale des taux (comme en 2022). Pour une SICAV monétaire, la perte est généralement marginale, mais pas impossible.

Le seul vrai remède au risque de perte en capital est l'horizon de placement. Sur 10 ou 15 ans, les marchés actions ont, dans la grande majorité des contextes historiques, absorbé les crises et offert une performance positive. Sur 1 ou 2 ans, le résultat peut être très différent.

2. Le risque de marché (ou risque systémique)

Le risque de marché désigne la possibilité que l'ensemble d'un marché (actions, obligations, etc.) baisse simultanément, entraînant avec lui tous les fonds qui y sont exposés, quelle que soit leur qualité de gestion. Ce risque est dit "systémique" car il affecte l'ensemble du système financier, et non une entreprise ou un secteur en particulier.

La crise financière de 2008-2009, le choc lié à la Covid en mars 2020, ou la double correction actions-obligations de 2022 sont des exemples de matérialisation du risque systémique. Dans ces phases, même les SICAV bien diversifiées et bien gérées perdent de la valeur, simplement parce que tous les actifs baissent en même temps.

La diversification atténue le risque spécifique (lié à un seul titre ou secteur) mais elle ne protège pas contre le risque systémique. Pour gérer ce risque, le seul outil véritablement efficace reste l'horizon long : rester investi pendant les crises permet généralement de bénéficier du rebond qui suit.

3. Le risque de taux d'intérêt

Ce risque concerne principalement les SICAV obligataires et, dans une moindre mesure, les fonds diversifiés. Lorsque les taux d'intérêt du marché montent, la valeur des obligations déjà émises baisse mécaniquement (et inversement). Plus la duration du portefeuille est longue, plus cette sensibilité est élevée.

Un fonds obligataire avec une duration de 7 ans perdra approximativement 7 % de sa valeur si les taux montent de 1 %. C'est ce qui s'est produit à grande échelle entre début 2022 et fin 2023, lorsque la BCE a relevé ses taux directeurs de 0 % à 4 % : beaucoup de fonds obligataires, y compris des fonds réputés "sûrs", ont affiché des performances annuelles négatives inhabituelles.

4. Le risque de crédit

Le risque de crédit est le risque qu'un émetteur d'obligations (un État, une entreprise) ne rembourse pas sa dette ou ne paie pas ses coupons. Ce risque est quasi nul pour les obligations d'État des pays les mieux notés (Allemagne, France, États-Unis), mais significatif pour les obligations d'entreprises à haut rendement (high yield) ou la dette des pays émergents fragiles.

Les agences de notation (Standard & Poor's, Moody's, Fitch) évaluent ce risque et publient des notes allant de AAA (risque quasi nul) à D (défaut). Un fonds qui détient des obligations bien notées (investment grade) est beaucoup moins exposé au risque de crédit qu'un fonds high yield. En cas de dégradation de la note d'un émetteur, ses obligations perdent de la valeur, affectant la VL du fonds.

5. Le risque de liquidité

Le risque de liquidité a deux dimensions. La première concerne les actifs du portefeuille : en période de stress, certains titres peuvent devenir difficiles à vendre rapidement sans subir de décote importante, ce qui force la société de gestion à les céder à des prix défavorables. Ce risque est plus présent dans les fonds investis en obligations d'entreprises peu liquides, en small caps ou en actifs alternatifs.

La seconde dimension concerne l'investisseur lui-même : dans des circonstances exceptionnelles, une SICAV peut temporairement suspendre les rachats pour protéger les investisseurs restants. Ce mécanisme, légal et encadré, peut empêcher un investisseur de récupérer ses fonds au moment où il en a besoin.

Pour les SICAV classiques investies en actifs cotés et liquides (grandes actions, obligations d'État), ce risque reste très faible dans des conditions normales de marché. Il mérite davantage d'attention pour les fonds investissant dans des actifs moins liquides.

6. Le risque de change

Lorsqu'une SICAV investit dans des actifs libellés dans une devise étrangère (actions américaines en dollars, obligations émergentes en devises locales), les fluctuations de cette devise par rapport à l'euro affectent la performance du fonds pour l'investisseur européen. Une appréciation de l'euro par rapport au dollar, par exemple, réduit mécaniquement le rendement en euros d'un fonds actions américaines non couvert.

Certains fonds couvrent systématiquement ce risque de change via des instruments financiers (contrats forward, swaps de devises). Cette couverture a un coût, visible dans les frais courants. D'autres fonds laissent l'exposition au change ouverte, ce qui peut jouer dans les deux sens selon l'évolution des parités.

7. Le risque de gestion

Dans un fonds à gestion active, le gérant prend des décisions d'investissement qui peuvent s'avérer mauvaises. Il peut surpondérer un secteur qui sous-performe, sélectionner des titres qui chutent, ou mal anticiper un tournant de marché. Ce risque est propre à chaque gérant et difficile à évaluer a priori.

C'est l'une des raisons pour lesquelles la performance passée sur une longue période (5 à 10 ans) et la régularité de cette performance par rapport au benchmark sont des indicateurs utiles lors de la sélection d'un fonds actif. Un gérant qui bat régulièrement son indice sur 10 ans a davantage prouvé la qualité de sa gestion qu'un gérant dont la performance est bonne sur 1 ou 2 ans.

Les risques comportementaux : souvent plus coûteux que les risques de marché

La finance comportementale a bien documenté un phénomène paradoxal : les investisseurs particuliers obtiennent en moyenne des rendements inférieurs à ceux des fonds dans lesquels ils investissent. La raison ? Ils achètent quand les marchés sont hauts (après une hausse qui attire l'attention) et vendent quand ils sont bas (sous l'effet de la peur).

Vendre dans la panique

C'est l'erreur la plus courante et la plus coûteuse. Lors d'une forte baisse des marchés, la tentation de "stopper les pertes" en vendant est puissante. Mais vendre lors d'un creux cristallise la perte et prive l'investisseur du rebond qui suit quasi systématiquement. En mars 2020, lors du krach Covid, les marchés actions mondiaux ont perdu 30 à 35 % en quelques semaines avant de rebondir à des niveaux records en moins d'un an. L'investisseur qui a vendu au creux a subi toute la perte sans bénéficier de la reprise.

Chasser la performance récente

Acheter le fonds qui a le mieux performé l'année précédente est l'une des stratégies les moins efficaces statistiquement. Les études montrent régulièrement que les fonds en tête des classements une année sont rarement ceux qui surperforment l'année suivante. Pourtant, c'est le comportement le plus fréquent chez les investisseurs particuliers, encouragé par les classements de performances publiés en fin d'année.

Sous-estimer l'horizon nécessaire

Investir dans une SICAV actions avec un besoin de liquidités dans 2 ans, c'est prendre un risque de calendrier : si les marchés baissent au moment prévu pour le rachat, l'investisseur est contraint de vendre à perte. L'adéquation entre le profil de risque du fonds et l'horizon réel de l'investisseur est la première ligne de défense contre ce type de risque. C'est aussi la raison pour laquelle la question "de combien de temps est-ce que je dispose ?" est la première à se poser avant d'investir.

Comment limiter les risques d'une SICAV ?

Aligner le profil du fonds avec son horizon réel

L'adéquation entre la catégorie de SICAV choisie et l'horizon de placement est le facteur de gestion du risque le plus important et le plus sous-estimé. Une SICAV monétaire pour une épargne de court terme, une SICAV obligataire pour un horizon de 3 à 5 ans, une SICAV actions ou diversifiée dynamique pour un horizon de 8 à 10 ans minimum : cette cohérence de base évite la grande majorité des mauvaises surprises.

Diversifier entre catégories et gérants

Mettre toute son épargne dans un seul fonds, même bien noté, concentre le risque de gestion. Répartir entre plusieurs fonds de catégories complémentaires (actions et obligations, par exemple) réduit la dépendance à un seul gérant ou à une seule classe d'actifs. Il n'est pas nécessaire de détenir 20 fonds différents : 2 à 5 fonds bien choisis offrent déjà une diversification solide.

Investir progressivement

L'investissement progressif (versements réguliers plutôt qu'un versement unique) réduit le risque de "mauvais timing" : vous achetez à différents moments du cycle de marché, ce qui lisse mécaniquement le prix moyen d'acquisition. Cette approche est particulièrement utile pour les SICAV actions, dont la valeur liquidative peut varier fortement d'un mois à l'autre.

Lire le DIC attentivement avant de souscrire

Le DIC PRIIPs (Document d'Informations Clés) présente l'indicateur de risque, les scénarios de performance dans différentes conditions de marché, et les principaux risques spécifiques au fonds. Sa lecture attentive, avant toute souscription, permet d'identifier les risques que le fonds est susceptible d'encaisser dans une configuration défavorable, et de vérifier que ces scénarios sont compatibles avec sa propre situation.

Guide complet pour investir dans une SICAV.

Ce que l’agrément AMF signifie et ce qu’il ne signifie pas

L’agrément délivré par l’Autorité des marchés financiers (AMF) est parfois interprété, à tort, comme une assurance sur la solidité d’un produit ou sur sa performance. En réalité, il atteste surtout du respect d’un cadre réglementaire et de certaines exigences de fonctionnement, sans pour autant constituer une « garantie » au sens financier du terme.

Ce que l’agrément couvre

L’agrément atteste que la société de gestion et/ou le fonds répond(ent) à des exigences réglementaires, notamment en matière d’organisation, de procédures et de dispositif de conformité. Il implique également l’existence d’un cadre de fonctionnement et de contrôle conforme aux textes applicables, par exemple via l’intervention d’acteurs et mécanismes prévus par la réglementation (tels qu’un dépositaire et, le cas échéant, des contrôles externes). Enfin, il suppose la mise à disposition d’une documentation réglementaire (prospectus, DIC/KID le cas échéant) répondant à des exigences de forme et de contenu.

Ce que l’agrément ne couvre pas

L’agrément ne constitue pas une appréciation de l’opportunité d’investir, ni un jugement sur la qualité de la stratégie d’investissement. Il ne préjuge pas de la performance future du fonds, ni de l’absence de pertes, ni de la préservation du capital. Un fonds conforme aux règles applicables peut donc enregistrer une baisse significative de sa valeur en cas d’évolution défavorable des marchés, de réalisation de certains risques (immobilier, crédit, liquidité, etc.) ou de choix d’investissement qui se révèlent moins favorables.

Checklist : évaluer les risques d'une SICAV avant de souscrire

  • J'ai lu l'indicateur synthétique de risque (1 à 7) dans le DIC et je comprends ce qu'il mesure et ce qu'il ne mesure pas.
  • Mon horizon de placement réel est supérieur à l'horizon recommandé du fonds et compatible avec sa volatilité historique.
  • J'ai identifié le risque dominant du fonds : marché, taux, crédit ou change selon la catégorie.
  • J'ai vérifié les scénarios de performance défavorables dans le DIC et je suis prêt à accepter ces pertes potentielles.
  • Je n'investis que de l'épargne non nécessaire à court terme : aucune dépense prévue dans l'horizon du fonds.
  • J'ai un plan en cas de baisse des marchés : je sais à l'avance que je ne vendrai pas dans la panique et que je maintiendrai mon investissement.

Oui. En cas de crise systémique, la majorité des actifs financiers peuvent corriger simultanément.

Parce qu’il laisse davantage de temps aux marchés pour absorber les crises et retrouver une tendance de long terme.

Oui. Une hausse de l’euro face à une devise étrangère peut réduire ou annuler le gain réalisé sur les actifs.

Pas forcément. Les performances récentes sont souvent liées à un contexte de marché spécifique difficile à reproduire.

Parce qu’ils achètent fréquemment après les hausses et vendent dans les phases de panique.

Photo profil Benjamin Boidin

Benjamin Boidin

Benjamin Boidin, diplômé d'expertise comptable et certifié CGPC/AMF, compte plus de 10 ans d’expérience dans la gestion complète des fonds immobiliers (valorisation, trésorerie, dette, reporting et conformité ESG).

Note importante :

Le contenu de cette page est rédigé à des fins exclusivement éducatives. Il vise à vous aider à mieux comprendre les concepts liés à l'investissement immobilier et aux fonds alternatifs, sans prendre en compte votre situation patrimoniale, fiscale ou financière personnelle.

Ces informations ne constituent pas un conseil en investissement au sens de la directive MiFID II, ni une recommandation personnalisée d'achat ou de souscription. Tout investissement comporte des risques, dont la perte partielle ou totale du capital investi.

Nous vous encourageons à consulter un conseiller financier indépendant habilité et à prendre connaissance des documents officiels du Fonds (DIC, prospectus) avant toute décision d'investissement.